Sortie vélo inoubliable à Bouconne, le 19 novembre 2021…

Bouconne – Journée du 19 novembre 2021

10 :34 : nous partîmes 60 (ou 59, 58 peut-être), la fleur au fusil, simplement armés de nos sourires, chevauchant nos vélos, un gilet jaune fluo sur le dos qui faisait comme un petit soleil dans la brume matinale.

Des petits groupes de 6 enfants (ou 5, 4 peut-être), fermement décidé à affronter le froid, à gravir les cotes, à défier les lois de l’équilibre dans la boue forestière…
11 :30 : Les premiers « C’est quand qu’on arrive ? », « J’ai soif ! ». L’armée de parents accompagnateurs n’économise aucun effort pour regonfler les troupes et repartir à l’assaut d’une forêt encore éloignée.

11 :44 : Forêt en vue. On quitte la grande route. On tourne à droite. Une nouvelle côte nous attend, embusquée dans une forêt décidément hostile.

11 :50 : Sur la gauche, la stèle de François Verdier – Forain. Petite pause bien méritée. Les enfants lisent les lettres gravées dans la pierre. Les mots sont durs, sanglants. On y parle de guerre, de torture, de mort. Petite explication sur la vie de cet homme jovial et ô combien courageux. On entend les ventres crier famine, la fatigue se dessiner sur le visage de nos élèves à bout de souffle (pour certain.e.s). Et pourtant, des voix s’élèvent:

– Ben on fait pas une minute de silence, maîtresse?

Comment ça une minute de silence ?

– C’est écrit sur la pancarte ! Quand on passe, on peut s’arrêter et faire une minute de silence.

– Mais c’est parce que l’auteur de la pancarte ne connait pas les CM2 des trois chênes, les enfants. Le silence est absent de votre dictionnaire !

Ô qu’elle est mesquine cette maîtresse ! Malgré la fatigue évidente, la faim qui s’impose, les enfants ont réclamé haut et fort cette minute de silence. Elle a effectivement duré au moins 60 longues secondes. Les enfants étaient face à la stèle de ce résistant dont ils ignoraient l’existence quelques minutes auparavant et ils ont tenu, sages, inspirés, recueillis. La forêt semblait s’être tue et la mémoire de la résistance est venue s’imposer dans cet instant magique.
Merci les enfants ! Merci pour l’histoire et pour l’avenir que vous ne manquerez pas de savoir dessiner.

12 :00 : nouveau départ. La base est encore loin. Les animateurs nous attendent pour 13h. Madame Ufferte négocie une marge.

12 :15 : Le cœur de la forêt nous attend, ses couleurs automnales, son tapis de feuilles entremêlées, ses rais de lumières. On entre dans un livre de contes. Les enfants crient famine. Les jambes forcent sur les pédales pour raccourcir rapidement la distance qui les séparent du Saint graal : le sac de pique-nique !
12 :36 : Arrivée à la Base. Les sacs ont été sortis des voitures et disposés en 2 tas pour chaque classe. Les voitures-balais sont conduites par des anges, soucieux de l’appétit de nos chérubins. Ces derniers se précipitent sur les sacs, les ouvrent et se saisissent de ce dont ils rêvaient : salades, sandwichs, chips, gâteaux fraichement cuisinés… Lorsque la fatigue est à son comble, les papilles seraient capables de transformer la boue en nectar… Tout leur semble excellent ! Ils dévorent, rient, récupèrent.

Une maman d’élève offre un sac de bonbons. Le bruit du paquet suffit à provoquer une volée de moineaux autour de la « malheureuse consentante » qui croit, l’espace de quelques secondes, que le soleil de l’après-midi s’est subitement couché. Les enfants prennent son espace d’assaut et tendent la main pour recevoir une gourmandise pleine de sucre et de couleur, seule capable de les réconforter après ces kilomètres si durement arrachés.

13 :20 : – Maîtresse, on peut aller jouer sur les jeux ?

– Ben non, pas le temps. Les animateurs nous attendent.

Priver de jeu un enfant, c’est un peu comme priver le yang de son yin, le pastis de ses glaçons…

13 :25 : les vélos sont attachés, les vessies vidées et les mains lavées. On peut y aller!

13 :30 : on suit le guide et l’écoute nous raconter les arbres et la forêt. C’est fort intéressant!

15 :10 : un jeu pour clore la balade en forêt : la chasse aux feuilles. Les enfants rapportent 21 feuilles d’arbres différentes.

15 :15 : l’animateur entame ses explications sur l’arbre n°1…

15 :20 : l’animateur entame ses explications sur l’arbre n°2…
Calcul rapide dans la tête des adultes… Presque 17:00 pour les explications sur l’arbre n°21. On freine l’élan de ce passionné pour négocier un retour avant le coucher du soleil.

15 :30 : reprise des vélos.

– Maitresse, j’ai perdu les clés de mon cadenas…

Mais c’était sans compter sur la présence de MacGyver et de sa pince ! Quelle aubaine d’être encadrés par des parents aussi prévoyants.

15 :35 : premières négociations

– Maitresse, j’ai trop mal au ventre, je vais devoir rentrer avec une voiture balai.

– Maitresse, j’ai mal à la cheville depuis plusieurs jours, je peux plus pédaler.

– Maitresse, mon vélo déraille tout le temps…

Bref, 4 voitures-balais chargées à bloc. Des soldats usés par l’effort s’installent sur les banquettes en velours des véhicules doucettement chauffés. Les autres soldats les regardent d’un air noir. Certains leur envie ce confort tombé du ciel, d’autres méprisent leur manque d’ardeur à la tâche.

16 :10 : on est à peine sorti de la forêt. Cette fois c’est sûr, nous sommes en retard.

16 :40 : certains enfants reconnaissent la route. L’effet est immédiat, les pédales tournent plus rapidement, les langues recommencent à se délier.

16 :50 : notre retard n’est plus une option, c’est un fait.

17 :15 – 17:30  : nous arrivâmes 48 (ou 47, 46 peut-être), les jambes en compote et le sourire encore accroché sur certains faces (mais pas toutes), chevauchant nos vélos, un gilet jaune fluo sur le dos, qui faisait comme une petite lumière dans le coucher du soleil automnal.

17 :30 : Grand soulagement des maîtresses.

Je suis consciente de mes lacunes gravissimes : mon optimisme m’empêche d’admettre que j’ai un problème avec le temps, avec l’espace (la droite et la gauche sont des concepts), avec les dates (mes collègues pourront vous en parler…). Pour couronner le tout, une maman d’élève que j’appréciais beaucoup 😉 me dit:
– De toutes les sorties que j’ai faites avec vous, nous ne sommes jamais rentrés à l’heure…

Alors des excuses s’imposent:

Désolée pour les enfants qui auront manqué une activité sportive, musicale ou culturelle.

Désolée pour les familles qui comptaient partir en week-end avant les embouteillages.

Désolée pour les familles qui avaient réservé un train ou un vol et qui se voyaient déjà clouées au sol à cause du retard de fonctionnaires…

Bon, en descendant tête basse à l’ALAE pour déposer les enfants, l’un d’eux me dit :

« Maitresse, c’est ma plus belle sortie. » Je l’aurais embrassé sur les deux joues mais le COVID a sauvé cet élève d’une humiliation certaine devant les autres copains.

Désolée pour les enfants qui ont subi cette journée et pour qui demain, chacune de leurs courbatures leur fera penser à cette sortie vélo-forêt.

Mais j’adresse également des mercis aussi sincères que « ponctuels »:

Merci aux parents accompagnateurs qui ont su garder le sourire et ont fait de cette journée un moment inoubliable.

Merci aux parents qui ont attendu dans le froid, certainement inquiets et impatients.

Merci à la météo qui, pour un 19 novembre, nous a permis de pédaler sous un doux soleil.

Merci à Liline Ufferte qui a préparé tout le côté administratif de cette sortie.

Merci à Marine Pouyet, jeune et prometteuse enseignante, toujours partante pour tous les projets et jamais à court d’idées pour en inventer de nouveaux.

Merci à notre directrice préférée qui ne s’oppose jamais à nos projets bien qu’elle sache pertinemment qu’ils ont toujours une part de surprises…

 

Bon week-end à toutes et à tous

 

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