Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur notre retard, sans jamais oser le demander…

Le bus arrive une bonne heure avant le départ (14h). Ça nous laisse l’occasion de charger tous les bagages (et il y en a). Heureusement que certaines d’entre nous sont des ex-joueuses de Tretix.

A 15 heures, après une jolie photo de groupe et une dernière tentative pour connaître les heureux propriétaires des chaussettes orphelines laissées dans les chambres, on s’apprête à monter dans le bus.

Le conducteur est occupé au téléphone et semble très concentré.

Anne-Marie, plus perspicace que moi, pointe son doigt sur l’avant du bus. La carrosserie frotte par terre. Avec le poids d’une soixantaine d’enfants et de 6 adultes bien nourris depuis 5 jours, le bus aurait fini par creuser des galeries.

On attend…

Le conducteur sort et nous annonce « le bus est en panne, il n’y a plus ni frein ni direction ». Evidemment, ça calme et annihile toute intention de protestation.

Il nous assure qu’il se charge d’appeler un réparateur et semble avoir la situation en main.

Les enfants y voient l’occasion de jouer un peu plus dans la forêt et repartent à leurs occupations. Une bonne heure passe puis deux. Le dépanneur, attendu comme le messie, arrive enfin. Après un rapide examen, la sentence tombe : le bus souffre visiblement d’une maladie rare qui requiert l’avis d’un spécialiste.

On attend…

Le conducteur nous annonce « je vais tenter de rouler jusqu’au garage le plus proche ». Il nous assure qu’il se charge de nous appeler pour nous tenir au courant. Il semble avoir la situation en main.

Les enfants voient le bus partir. C’est l’affolement général : « Maîtresse ! Et nos valiiiiises ? ». Les larmes commencent à monter (la valise supplanterait-elle les parents dans le cœur des enfants ?). On les rassure et ils repartent à leurs précédentes occupations. Les maisons qu’ils construisent prennent forme. On plaisante en leur disant qu’on resterait bien dormir sur place ce soir (si on avait su…).

Après 4 heures d’attente, Patrick (nous sommes devenus intimes avec le conducteur de bus) nous rappelle pour nous prévenir qu’il n’y a rien de nouveau. Je lui demande donc l’objet de son appel. Il me répond que c’était juste pour nous tenir au courant.

Ravis, les enfants peaufinent leurs éco-constructions en les tapissant de fougères. Quelques gouttes commencent à tomber (la coupe serait-elle pleine ?) mais notre moral reste intact.

Le téléphone sonne à nouveau « On a un bus… mais on n’a pas de chauffeur. Pardon ? Mais Patrick, souvenez-vous, c’est vous qui alliez nous ramener à La Salvetat ! Vous avez perdu votre permis ? » Et non, Patrick n’a plus le droit de conduire, son « amplitude horaire » est dépassée. Mais la compagnie nous fait une proposition : un menu offert à la Pataterie de Tulles et une nuit d’hôtel dans un formule 1. La proposition ne nous enchante guère. Les enfants sont excitées comme des puces et on les imagine mal à l’étroit dans un restaurant ouvert au public. Même si l’équipe encadrante a su montrer son efficacité tout au long de la semaine, il est inutile de s’imposer de nouveaux challenges.

Au fait, on y va comment à Tulles ? En bus bien sûr ! Mais avec quel chauffeur ? Pour Tulles, visiblement le bus est livré avec un chauffeur. Mouais…

Arrive le directeur du centre de Saint-Priest-de-Gimel (imaginez Damien courir au ralenti, sourire aux lèvres, cheveux au vent. Il fleure bon la solution, le sable chaud et peut-être aussi la vase de l’étang). Je sais, vous vous demandez pourquoi il ne nous propose pas de nous loger dans son centre…Tout simplement parce qu’il a été loué par des jumeaux qui fêtent leur 35 ans. On voit les voitures des invités arriver une à une et se garer. Leurs occupants sont un peu surpris de voir et d’entendre une soixantaine d’enfants sachant que le centre a été loué en gestion libre pour un week-end entre amis exclusivement. On leur proposerait bien d’assurer l’animation (passe à 10, cache-cache, balle au prisonnier) contre une nuit à l’abri et un repas chaud mais on n’est pas sûr du résultat.

Bref, Damien (tel est le prénom de notre Sauveur), s’immisce dans la conversation entre le chauffeur de bus qui ne peut pas conduire et le réparateur qui ne peut pas réparer. Il nous propose d’appeler monsieur le Maire et de lui demander de nous prêter la salle des fêtes qui se trouve à une centaine de mètres. Quant au cuisinier, Pierre Maxime, il nous annonce qu’il viendra avec nous pour assurer le repas des enfants le soir. Cette solution nous parait être la plus raisonnable. Le transporteur est prévenu et les bagages sont amenés à la salle des fêtes. Anne-Marie, aidée par le premier adjoint au maire, décharge les valises du bus pour les transférer dans la salle des fêtes. De mon côté, j’annonce aux enfants la bonne nouvelle (il est urgent de positiver et de leur montrer mon enthousiasme à l’idée de rester une nuit de plus) « Les enfants, Pierre-Maxime va nous faire à manger ce soir ! ». C’est la liesse générale, des applaudissements, des cris de joie. Je continue donc avec ma deuxième grande nouvelle : « Les enfants, ce soir, on dort tous dans la salle des fêtes »…Silence de plomb puis chuchotements désenchantés, quelques larmes, protestation pour certains. Il faut bien comprendre que pour un enfant qui a envie de revoir ses parents, ça n’est pas un bus en panne qui va l’arrêter !

Bon, on négocie, on explique, on rassure… « Allez les gamins, on est une équipe, on va faire face. On se serre les coudes et on y croit…. ». J’ai momentanément l’impression d’être devenue l’entraineur d’une équipe de foot prête à jouer la finale de la coupe du monde. Me vient l’idée stupide de chanter « Qui ne saute pas n’est pas toulousain… ». Et les enfants de reprendre après moi et de me suivre en sautant et chantant. Heureusement, la salle des fêtes n’est pas loin ! On y arrive vers 21h30, soit plus de 6 heures après notre non-départ. Autant vous dire que les gamins ont été à la hauteur. Ils sont restés calmes, se sont occupés et ont fini par se rendre à l’évidence : on ne rentrera pas ce soir.

Une fois dans la salle des fêtes, Anabelle (notre gentille et efficace directrice), épaulée par l’indéfectible Pricille et les mamans accompagnatrices leur propose un loup-garou pendant que nous appelons les parents un à un (qui pour beaucoup avaient été tenu au courant par Whatsapp). L’information en temps réel a tout de même ses limites et nous avons du expliquer que la Pataterie n’était pas la solution retenue… Comprenez que nous ne pouvions décemment pas vous tenir au courant de la situation minute par minute car rien n’était stable. Nous avons préféré attendre avant de vous communiquer des informations stables et réelles. Mais vous avez très bien réagi à nos appels et vous remercions pour votre confiance.

Vers 22 heures, Damien nous apporte une soixantaine de duvets et des matelas pour les adultes (oui, c’est un privilège éhonté de favoriser de la sorte les adultes mais dans ce cas, je vous le dis franchement : vive le favoritisme).

Puis notre cuisinier préféré commence à jouer avec ses marmites pour nous faire un couscous végétarien (abricots secs, raisins, épices…) et des compotes de fruits. On mange sous les étoiles d’un ciel très peu touché par la pollution lumineuse. Les enfants reconnaissent certaines constellations. Vers minuit, le nouveau bus arrive. On charge à nouveau les valises (tetrix, retetrix, reretetrix). Cette fois, c’est un peu plus compliqué car les soutes sont plus petites. Mais on y arrive !

Enfin, tout le monde au lit (c’est un bien grand mot mais que dire d’autre ?). Rapidement, le bruit des respirations envahit la salle des fêtes même si certains résistent et ont dans l’idée de faire une nuit blanche. On essaie de fermer l’œil car on sait que la nuit sera très courte. Nous ne pouvions pas rester dans la salle des fêtes qui était louée dès le lendemain matin. Nous avons donc opté pour un départ à 4 heures, croisant les doigts pour que les enfants poursuivent tranquillement leur nuit de sommeil dans le bus. Ça a été le cas et ils n’ont pas souffert du voyage.

Certains parents ont trouvé l’horaire inapproprié. Nous n’avions pas vraiment le choix car la salle devait être libérée de bonne heure et nous n’avions pas le nécessaire pour faire petit-déjeuner les enfants. Cela vous a aussi permis de les retrouver vers 7 heures 15, pour un petit déjeuner familial.

Voilà toutes les péripéties de cette nuit qui, nous en sommes certaines, restera graver dans la mémoire des enfants. Tomber en panne avant de monter dans le bus est une aubaine qui devrait à elle seule relativiser cette mésaventure. On imagine aisément votre stress et votre angoisse, nous sommes aussi passées par là. Mais nous avons été divinement entourés. Cela nous a permis de découvrir des anges et d’offrir à tous une journée supplémentaire gratuite (dixit les enfants optimistes). Elle est pas belle la vie ?

 

 

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LA CLASSE DE DECOUVERTE(S)

En classe de découverte(S), on apprend autre chose, autrement et ailleurs. On manipule, on observe, on se questionne et on raisonne. Tout cela concerne le Savoir. Il y a aussi l’humain, la vie de groupe, la tolérance, le respect des autres et des règles. Enfin il y a l’autonomie, l’entre-aide, la coopération. Tout cela concerne autant le savoir-être que le savoir-faire.

Avant de partir en classe de découverte(S), on aime prédire l’avenir, penser aux élèves qui profiteront positivement de cette expérience et à ceux insuffisamment armés pour profiter pleinement de ses bienfaits.

J’aime les classes de découvertes car elles nous permettent de découvrir combien on s’est trompé. Les élèves nous surprennent, se révèlent, se dévoilent et les grands sont parfois plus petits qu’on le pensait et les petits se révèlent bien plus grands qu’on ne l’imaginait.

Nous avons ainsi découvert quelques catégories sociales étonnantes :

  • Celles et ceux qui vivent avec une horloge interne très personnelle, incapables de se caler sur le temps collectif. On a cherché en vain leur fuseau horaire… Faute de l’avoir trouvé, ils vivent en décalage sans aucune contrariété, même pas celle de contrarier les autres et les maîtresses.
  • Celles et ceux qui sont là tout en étant ailleurs. Un véritable don d’ubiquité ! On voit leur corps, on pense qu’ils sont présents mais leur esprit vadrouille dans un no man’s land connu d’eux-seuls. Aucune carte terrestre ou céleste n’est en mesure de donner leur position.
  • Celles et ceux dont l’ouïe pourtant correctement développée, ne sont pas réceptifs à certaines injonctions. Ils filtrent soigneusement les ordres superflus : « Range ta chambre ! Aide à débarrasser ! Il est temps de dormir… ».
  • Celles et ceux dont parler est aussi indispensable que respirer. Ils ne s’aperçoivent même plus des logorrhées dont ils sont capables et l’auditoire finit aussi par ne plus entendre le ronronnement perpétuel de leur débit parolier. On assiste ainsi à des dialogues parallèles, plus communément appelés « dialogue de sourds » (peut-être parce qu’ils finissent par n’entendre qu’eux-mêmes).
  • Celles et ceux qui disposent d’une vision hors du commun. Ils balaient latéralement et rapidement leur regard et grâce à leur infaillible détecteur de maîtresse, un dixième de seconde leur suffit pour pressentir si le champ est libre ou non (ils en profitent en général pour contourner l’incontournable : « les règles »). Mais face au sixième sens du corps enseignant, ils doivent rivaliser de finesse et d’ingéniosité. Ils sont très joueurs mais ne gagnent pas à tous les coups !
  • Celles et ceux qui ne savent pas que les autres peuvent aussi savoir. Ils détiennent la Vérité la seule) et ne sont pas encore équipés pour accepter que d’autres peuvent éventuellement savoir aussi ! Ils ne supportent pas qu’on mette en doute leurs connaissances et peuvent passer des heures à prouver qu’ils ont raison avec des arguments parfois si maigrichons (« c’est maman qui l’a dit ») qu’ils en deviennent touchants. On les appelle aussi les huitres parce qu’ils se ferment quasi instantanément dès qu’ils sont contrariés.
  • Celles et ceux qui rêveraient d’avoir le pouvoir d’invisibilité. Ils s’excusent presque d’être là, s’effacent dès qu’ils le peuvent, évitent les croisements de regards avec l’adulte et se forgent une cuirasse aussi épaisse que leur timidité. Mais on sait qu’ils ont un talon d’Achille (encore faut-il le trouver). Quand il est localisé, ils finissent souvent par s’ouvrir et s’étonnent encore de la pertinence de leurs propos.
  • Celles et ceux qui bougonnent toute la journée. Ils sont aigris avant l’âge, critiquent tout, n’apprécient rien. Ils se focalisent sur ce qu’ils n’ont pas, incapables d’apprécier ce qu’ils ont. Ceux-là même qu’on retrouvera peut-être rendre la vie infernale au corps médical dans les maisons de retraite.
  • Celles et ceux qui se lèvent heureux et se couchent de belle humeur. Un sourire éternel collé sur leur visage. Ils sont capables de positiver sur les situations les plus critiques : « Il pleut ? Alors on peut aller se baigner puisqu’on est déjà mouillé ! Il faut beau ? Alors on peut aller se baigner parce qu’il fait chaud ! »
  • Les bouées de sauvetage, celles et ceux qui n’ont de cesse d’aider ceux qui en ont besoin. Ils apprécient ce qu’ils ont appris qu’à la condition que tout le monde ait appris. Pour eux, le savoir est bien meilleur quand il est partagé.
  • Celles et ceux qui stressent pour un rien, les perfectionnistes. Ils dépensent une énergie incommensurable à vouloir tout maîtriser. Le challenge est leur moteur, répondre avant la question est leur credo (et c’est parfois dommage).
  • Celles et ceux à qui il ne manque qu’un nez rouge. Ils dégainent les vannes plus vite que leurs ombres. On les voit venir de loin et on lève les yeux au ciel dès qu’ils ouvrent la bouche. Pourtant, il leur arrive parfois de sortir des perles amusantes, voire mémorables. Elles sont rares mais quand on tombe dessus, tous les collègues en profitent.
  • Celles et ceux dont le niveau de langage est d’une richesse insondable. La monoculture du vocabulaire (putain, j’fais c’que veux !)

En classe de découverte(S), on fait bouger les frontières. Les heureux s’interrogent sur leur bonheur, les anxieux s’autorisent davantage d’optimisme, les savants apprennent de leurs erreurs, les timides se font plus visibles, un sourire fugace peut même éclairer le visage des plus grincheux…

Une classe de découverte, c’est un tableau de maître : un beau mélange de couleurs, une joyeuse mixité, un ensemble de savantes différences.

Les enfants sont des adultes en devenir que l’entourage modèle, que l’éducation forme, que l’instruction façonne, que la famille pétrit.

En classe de découverte, on s’emploie à mouiller la terre afin que les enfants ne deviennent jamais de sèches sculptures.

En classe de découverte, on dort peu, on rit, on pleure parfois. On apprend et on crée du lien autrement.

Un grand merci aux mamans accompagnatrices dont le cœur est assez gros pour devenir l’espace de quelques jours les mamans de 60 bambins.

Un grand merci à notre directrice d’ALAE et à l’animatrice. Elles sont capables à elles seules de redonner un peu de dorure au blason de leur profession. Vous savez, celles que l’on tutoie et qu’on appelle si facilement par leur prénom. Elles font preuve d’un professionnalisme inversement proportionnel au temps qu’elles offrent et au salaire qu’elles perçoivent. Elles ont pourtant en charge vos trésors !

Un grand merci à l’équipe corrézienne qui a su ensoleiller notre séjour, nourrir les enfants, de savoirs et de mets délicieux. Une équipe de choc arrangeante qu’on n’est pas prêt d’oublier !

Enfin, merci à ma collègue, mon binôme, ma sœur jumelle (ne riez pas, c’est presque vrai !)

Elle est Sage, Réfléchie et toujours de Bon Conseil ! Sans elle, à la rentrée, je risque de n’être que la moitié de moi-même.

Enfin, merci à tous les parents pour leur confiance, leurs lectures et leur humour (le mien peut être parfois douteux, grinçant mais je l’espère, jamais malveillant).

Au plaisir de nous retrouver prochainement pour d’autres aventures !

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Arrivée ?

Les enfants sont sages. Beaucoup dorment encore, les autres refont tranquillement surface. Ils ont des têtes de fêtards car hier soir, c’était effectivement un peu festif.

S’il n’y a aucun arrêt pipi, on devrait être à la Salvetat vers 7:15. Sinon. ..Un peu plus tard.

On vous tient au courant.

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Anniversaire

A 4h du mat, 63 personnes lui ont souhaité un joyeux anniversaire.

Il s’en souviendra.

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Bus

On monte. Anne Marie, toujours aussi opérationnelle quelque soit l’heure.

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3:30 réveil en douceur

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Bonne nuit

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Logement 4 étoiles

Voilà notre repas et de quoi dormir. Franchement, on ne peut rêver mieux.

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Épisode 5

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Protégé : Épisode 4

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