Poésie avec Dominique MONTALIEU

Quelques poèmes de Dominique MONTALIEU, poète de notre région qui est déjà venu à l’école partager sa sa passion pour le mot et la rime. Nous lançons ce mois-ci avec lui en CM1 un travail d’écriture « ping-pong » sur les métiers …

L’arboriculteur et l’apiculteur

L’arboriculteur subit une greffe du cœur.
Un jour qu’il travaillait, il tomba dans les pommes.
Personne ne put le ranimer, pas même sa sœur.
En terre ses amis le portèrent comme un seul homme.

Le temps passait et curieusement toujours ses arbres refleurissaient,
Donnant au fil des saisons des fruits de plus en plus savoureux.
Ses amis s’interrogèrent, se concertèrent, intrigués.
À force d’investigations, ils s’aperçurent, stupéfaits mais heureux,
Que l’arboriculteur, chaque jour continuait d’enter son verger !

Son meilleur ami, l’apiculteur, tout à sa joie,
Pourtant dépressif, n’attrapa plus jamais le bourdon,
Tant et si bien qu’il devint pour tous l’happy-culteur !

 

L’horloger

Il titillait les rouages
Des montres et pendules
La tête dans les nuages
Et pas la moindre ridule.

Il avait eu son heure
Jusqu’à celle de gloire
Après avoir été sonneur
Il quitta l’Eure et Loir.

Il était attiré par le Léman
Y conjura ses démons
Et bien dans son élément
Il réalisa des merveilles.

Direction Franche Comté
Qu’il avait trouvé « mimi »
Je me suis laissé raconter
Qu’il oeuvra même chez Maty.

Il se dit qu’il y fit fortune
Mais nulle trace dans son logis
Qu’avait il fait de ses tunes ?
On fit appel à la topologie…

Comm’ d’hab…
L’or logeait en Suisse !

 

Le fromager Albert

Le fromager n’a pas ouvert
Boutique ce matin : käse ?
Bizarre, hier le trouvère
L’avait vu au tiroir-caisse.

Sur l’étal, les camemberts
Coulent des jours heureux
L’édam pleure déjà Albert :
La folle en était amoureux.

Le munster sacrément détonant
Joue à faire tourner les chèvres
En bourrique : pas très étonnant
P’tit monstre, pov’ Deux-Sèvres !

Inquiets, ceux de la Bresse,
Les bleus en ont pris un coup ;
Le vieux Lille saisit la presse
Se serait-il caché dans un trou ?

Même si ça mange pas de pain
On cherche à Gruyères : en vain
Il est vrai que c’est un bourg sain.
Où peut-il être ? Il faut être devin.

Tapis collé dans son coin le brie
Qui souvent ne dit meaux consent
Tout à coup osera émettre un bruit
Il raconte en un mot comme en cent :

Las de se cailler, Albert ce matin a dit
À son apprenti beur : « enfile ton boa,
Ali, go pour l’Aveyron ! ». Aussitôt dit,
Le fromager déménagera à la cloche de bois.

 

 

 

Chocolat, le meunier

Le meunier est chocolat !
Jusqu’à ces derniers mois
Tout allait bien pour Colas
S’faisait du blé sans émoi.

Hélas le vent a tourné
L’aile ne fait plus l’article
Et le meunier tristounet
N’en croit pas ses bésicles.

Ni devant ni derrière
Plus la moindre farine
Le vent a tourné carrière
Engagé dans la marine.

Et le meunier qui débraie
Se retrouve en caleçon
Et puis son âne qui brait :
Du bruit mais plus de son…

 

 

 

La mercière

Elle possédait boutons
Pour chemises à fleurs
Et si nous en doutons
Allons voir à Honfleur.

Elle y était mercière
Depuis son jeune âge
Juste après le tertiaire
Elle se mit à la nage.

Car elle aimait plonger
Elle avait d’la bouteille
Les week-ends prolongés
Elle avait pas son pareil.

Elle s’enrichit dans l’année
Même si nous en doutons
Faut dire que son apnée
Lui donnait des boutons

 

 

 

 

 

La tournée du facteur

Le facteur va à vau- l’eau
Depuis
Qu’on lui a piqué son véloPosé contre la margelle du puits.

Il peut aller se brosser
C’est vrai
Il a été bien rossé
Par une bande de givrés.

Le facteur sonne toujours
Deux fois
Ce ne sera pas le cas ce jour

Le facteur a été sonné
Deux fois
C’était une sacrée tournée !

 

 

 

 

Le vannier et l’oiseleur

Le vannier, qui œuvre avec aisance à son heure,
Est, dans son métier, bien au dessus du panier.
Mais le vannier est aussi un brin vanneur ;
Souvent, il ose un brin, avec son osier,
Rire à plein gosier de son voisin oiseleur.

Cela tourne souvent à la prise de bec, ce qui lui sied,
Jusqu’à ce qu’il passe un sale quart d’heure,
Quand l’oiseleur lui vole dans les plumes, le niais !
Le vannier a-t-il mal ? « Non ! » va nier le vanneur
Qui va tourner en cage, meurtri jusqu’aux pieds !

Et qu’il ne se plaigne pas : il a évité dans l’oisellerie,
La main dans le sac – voire au panier – de l’oiseleur
Car celui-ci, fort heureusement, ne s’adonne à la  grivèlerie.

 

 

 

 

 

Le boucher du Pont Neuf

On peut deviner que
Derrière son œil de bœuf
Le boucher, foi d’évêque
A les nerfs, près du Pont Neuf.

Les nerfs à vif même
Car la veille sur son étal
Il a bêtement ibidem
D’un coup très brutal

De son hachoir acéré
Fendu sa main
Qu’il tient depuis serrée.

Au train où il travaillait
Il avait oublié qu’un steak
En cachait un autre : balayé !

 

 

 

 

 

Les rosiers du carrossier

Le carrossier à temps perdu
Se piquait d’élever ses rosiers
Il en était tant et tant éperdu
Qu’il vivotait sur l’île de Gosier

Avant de voir son compte grapillé
Craignant que son banquier le rossât
Il tenta de se sortir une épine du pied
En se séparant de sa rose Testa Rossa

Sa fortune se faisait ainsi la belle
Notre homme restant de marbre
L’atelier se mit à battre de l’aile

Toutefois il put éviter la nécrose
Le nez creux il obtint de conserver :
Une De Dion-Bouton deux roses…

 

 

 

 

Le mineur de fond

Le mineur est au fond
Un brave homme
Dans la nuit il se fond
En regagnant son home.

Il a peiné toute sa vie
Au fond de la mine
Gueule noire il a sévi
Ce jour il fait grise mine.

Le puits a fermé ce soir
Il touche le fond
Pour lui c’est pas accessoire
Il ne descendra plus au fond.

À pas lents il rejoint son coron
En compagnie des amis du coran
Cela ne tourne pas rond
Il fond en larmes et s’enfuit en courant.

Au fond il était aveugle
Gueule noire cannes blanches
Retentit à ses oreilles le porion qui meugle
Les mains sur les hanches.

Le mineur et son ami Raymond
Sont pour toujours sur le carreau
Pourvu que leurs poumons
Se tiennent longtemps à carreau.

Pour le mineur plus rien d’autre
De majeur
Ses enfants ainsi que ceux des autres
Ont grandi et ne seront pas mineurs.

Toute sa vie au charbon
À la merci du grisou
Enfants dites merci et soyez bons
Sur sa gueule noire posez un bisou.

Dominique MONTALIEU